Les « business angels » et le capital risque

A la naissance de l’entreprise innovante :
le capital amorçage et les « Business Angels »

 Variances n°31

D’après Wikipedia, un « business angel », ou parfois aussi « investisseur providentiel », est une expression anglaise correspondant à « angel investor » en américain. La locution a supplanté l’expression française consacrée, plus générale, d’« investisseur à titre individuel ». C’est souvent un entrepreneur ou manager ayant réussi, qui apporte des fonds à des sociétés en phase de lancement, en général en échange d’une participation au capital, et qui les fait profiter de son expérience professionnelle et de ses relations.

La définition consacrée par « France Angels », la Fédération des réseaux français de « business angels » (voir encadré) rejoint et précise cette définition générale : un « business angel » est une personne physique qui investit son propre argent dans une entreprise innovante à fort potentiel et qui met à disposition de cette entreprise ses compétences, son expérience, son réseau relationnel et une partie de son temps. Il réagit plus tôt, plus vite que les autres sources de financement : il est donc une ressource bien adaptée à la phase de démarrage, encore appelée d’amorçage, d’une entreprise.

Un investissement personnel patrimonial

Chaque « business angel » a un profil spécifique, mais un grand nombre d’investisseurs se rassemblent autour de trois profils principaux :

1) Les plus nombreux sont les anciens chefs d’entreprises ou anciens cadres supérieurs, qui sont en fin de carrière, âgés de plus de 55 ans. Ils ont un certain patrimoine et beaucoup de capacités, pas de problèmes financiers personnels, des enfants élevés et parfois un héritage familial. Ils sont en mesure d’investir entre quelques milliers d’euros et 500 000 euros par an. L’existence de mesures fiscales incitatrices est susceptible d’étendre cette catégorie aux cadres de 35 à 55 ans et aux professions libérales.

2) Les entrepreneurs qui ont précédemment créé leur entreprise et qui, l’ayant revendue quelques années plus tard, peuvent investir entre 50 000 et 500 000 euros. Plus jeunes que les précédents (30 à 45 ans), ces « business angels », encore en petit nombre en France, tendent à se développer. Ils ont à leur actif beaucoup d’argent, une solide expérience managériale, la réussite dans un domaine… et encore 50 ans à vivre. Ils sont donc beaucoup plus difficiles quant au choix des entreprises.

3) La troisième catégorie de « business angels », surtout importante aux Etats-Unis, est constituée par les « Family Offices », qui regroupent les moyens financiers d’une même famille. Ils ont beaucoup de moyens et parfois des compétences sectorielles ou générales. Ils sont, en France, regroupés en une fédération : la Fédération Française des Family Offices, dont le Président est Bernard Camblain, de Messchaert.

Compte tenu du risque élevé que comporte un investissement dans une société innovante en création, il est recommandé au « business angel » de n’y engager qu’une partie de son patrimoine, de l’ordre de 5%, 10% étant un grand maximum (financièrement, c’est un investissement à risque et peu liquide dont on espère une rentabilité élevée mais qu’on ne connaît pas très bien…). Ce très fort risque va cependant de pair avec un gain potentiel en capital très important, les cibles étant des entreprises innovantes à potentiel.

Offrir ses compétences et son expérience

Le terme « innovant » s’entend dans le sens de « ce qui est nouveau par rapport à l’existant ». Il ne s’agit donc pas uniquement de l’innovation technologique. D’ailleurs, les créations d’entreprises dans le domaine de l’innovation technologique ne représentent que 5% du total des créations. La majorité des « business angels » investit dans d’autres domaines que la technologie.

Dans la plupart des cas, le « business angel » est plus âgé que l’entrepreneur. Il peut donc lui apporter les compétences acquises lors de sa carrière. Si plusieurs « business angels » se réunissent pour investir dans un projet, les compétences se trouvent donc multipliées. Le « business angel » est souvent un ancien cadre, il apporte donc son expertise technique à l’entrepreneur. Il lui permet de relativiser et d’appréhender le court terme. Si le « business angel » est lui-même un ancien créateur d’entreprise, l’apport de son expérience est alors double.

Si l’entrepreneur le désire, le « business angel » peut aussi passer du temps avec lui pour divers conseils, sans toutefois participer directement à la gestion de l’entreprise.

Un financement en phase d’amorçage…

A l’inverse des « business angels », les sociétés et les fonds d’investissement classiques interviennent en général très peu en phase d’amorçage, c’est-à-dire au début de la vie de l’entreprise, mais privilégient la phase de développement, moins risquée.

Claude Rameau compare l’entreprise à un être vivant qui naît, se développe et, hélas, meurt un jour. C’est pendant son enfance, sa petite enfance, que l’entreprise a besoin des « business angels ». Ceux-ci peuvent cependant également intervenir à des stades ultérieurs du développement de l’entreprise, mais c’est au stade de création qu’ils sont irremplaçables parce que seuls à prendre le risque d’intervenir.

Au tout début, au moment de la création d’entreprise, de l’amorçage, on parle de « love money ». Ce sont les fonds apportés par le créateur et quelques uns de ses proches. Mais, selon Jean-Michel Yolin, de XMP BA (X Mines Ponts Business Angels), « l’amour s’arrête à 100 000€ ». Juste après, c’est le « business angel ».

…entre love money et venture capital

A partir de 1 million d’euros, c’est le « venture capital » ou « capital risque ». En France il y a un trou majeur entre la « love money » et le « venture capital ». C’est précisément la zone de prédilection d’intervention des « business angels ». Par entreprise, le montant des financements attendus de ceux-ci s’élève collectivement de 200 000 à un million d’euros. Individuellement un « business angel » peut investir de quelques milliers d’euros à 250 000 euros. Toutefois, il intervient rarement seul, et le plus souvent en s’appuyant sur un réseau.

Les « business angels » investissent en moyenne dans plus de six entreprises, pour un montant total compris entre 70.000 et 100.000 euros. Ces placements sont à risque puisque 85 % sont réalisés dans une phase d’amorçage. Cette prise de risque est souhaitée puisque la deuxième motivation de ces investisseurs, après les plus-values, réside dans l’aventure de la création d’entreprise. En effet, la plupart du temps créateurs eux-mêmes, les « business angels » sont des entrepreneurs invétérés.

Un investissement financier et humain

Le « business angel » doit ainsi se sentir en confiance avec « son » entrepreneur, qu’il aura choisi non seulement pour son idée et son « business plan », mais surtout pour sa personnalité.
Citons le témoignage de Michel de Guilhermier, Business Angel et Président de Photoways :
« Le rapport entre le « business angel » et l’entrepreneur a deux composantes principales : la première, c’est l’aspect financier, la deuxième, c’est l’aspect humain.
Il y a toujours deux composantes : le projet lui-même et l’entrepreneur qui vous propose le projet…
C’est quelque part une création par procuration. Ce n’est pas uniquement un investissement financier, c’est aussi que je souhaite être associé, de façon très proche, au devenir d’une société dans laquelle il y a un certain risque mais dans laquelle je pense que mes compétences, mes réseaux relationnels, ma vision du marché peuvent amener quelque chose…. »

Les « business angels » ne sont pas sensibles aux mêmes arguments que les fonds de capital-risque. L’entrepreneur doit savoir inspirer confiance, car au départ, il n’a rien à vendre sinon une idée. Il doit aussi savoir s’entourer d’une bonne équipe. En d’autres termes, les « business angels » sont moins demandeurs de ratios et de projections financières et s’attachent bien plus à la personnalité du créateur, à sa flexibilité, ses capacités d’adaptation et d’écoute, sa réactivité, ses qualités de management…

Vingt fois moins d’Anges en France qu’outre-Atlantique !

Actuellement France-Angels recense en France seulement environ 4 500 « business angels » dont environ la moitié (2 150) est inscrite dans des réseaux. Ce chiffre représente une proportion de 5 à 6 pour 100 000 habitants, contre environ 100 pour 100 000 habitants aux Etats-Unis (20 fois plus).

D’après Jean-Michel Yolin, de XMP Business Angels, « Le fait que la France compte 10 fois moins de « business angels » que les britannique et 20 fois moins (proportionnellement) que les Etats-Unis constitue le principal maillon faible de notre économie en empêchant sa régénérescence : 63 des 100 premières entreprises américaines ont moins de 25 ans, zéro en France. Ceci conduit en outre a une R&D privée de la moitié de l’objectif de Lisbonne totalement imputable à la sous-représentation des secteurs industriels intensifs en recherche… qui se trouvent être ceux qui ont émergé depuis 30 ans. Cette insuffisance de financements d’entreprise se traduit par un déficit de créations d’emplois de 6 millions de postes ».

Certes les statistiques ne sont pas parfaitement homogènes : les 250.000 BA aux Etats-Unis portent sur un concept flou et une vision large du « business angel », qui inclut l’investisseur de 50 000 dollars dans l’épicerie de son copain.

Mais au-delà du nombre de « business angels », il y a aussi un écart d’au moins 2 sur la taille initiale des gazelles : le « business angel » américain investit chaque année en moyenne 100 000 dollars. Rappelons toutefois que cette performance provient de ce qu’aux Etats-Unis, comme d’ailleurs au Royaume Uni, il existe des incitations fiscales substantielles.

En termes de ratio venture capital/tête ou capital/unité de PIB, l’écart est respectivement de 5 et de 3,3. Les investissements des « business angels » sont estimés à 811 millions d’euros par an en France, contre environ 19 milliards d’euros aux Etats-Unis, sachant bien sûr que la France représente environ un cinquième des Etats-Unis en termes de population et un septième en termes de PIB.

Selon Grégoire Postel Vinay, membre de XMP Business Angels, « C’est cet écart qu’il importe de combler ; le processus peut en être d’autant plus rapide qu’il apparaîtra à portée de main : tripler un flux en quelques années, cela n’a rien d’impossible. Le multiplier par 20, cela conduit plutôt les très entreprenants, plutôt que d’attendre un lointain Graal local, à s’expatrier.
Notre problème, c’est donc de fixer un objectif ambitieux mais atteignable, et rapidement atteignable. Je crois que celui que je viens de dire, de triplement, l’est. C’est bien par exemple ce qu’a fait XMP BA en 3 ans, dans un environnement juridico-fiscal moins bon que celui qui va désormais prévaloir. Mais sur jusqu’ici de petites sommes, et environ « 100 business angels » en fin de période : il faut démultiplier, et aussi, bénéficier des effets d’apprentissage via des réseaux ».

Un potentiel de 1,5 millions de « Business Angels » ?

Le « potentiel total » des Business Angels en France estimé par Claude Rameau à 1,5 millions de personnes. Au cœur de cette cible, environ 500 000 personnes paient l’ISF et devraient dès cette année être directement concernées par les mesures fiscales qui viennent d’être prises en faveur de l’investissement dans les entreprises.

Selon « Le Monde » du 12 juin 2007, 457 000 foyers fiscaux ont payé l’ISF en 2006, soit une augmentation de 16 % par rapport à 2005 et 2,64 milliards en 2004. L’augmentation du nombre d’assujettis s’expliquerait notamment par la hausse de la Bourse et des prix de l’immobilier et le nombre de contribuables acquittant l’ISF devrait encore progresser en 2007. Parallèlement, le montant de l’impôt total progresse de 22% et s’élève à 3 960 millions d’euros (chiffres précisés par Eric Woerth le 20 juillet 2007). Une constante ressort toujours : la concentration de l’impôt est forte : Paris, les Hauts-de-Seine et les Yvelines totalisent à eux seuls 25% des redevables et 40% de l’impôt.
En permettant de porter en déduction de l’ISF dû les investissements dans les PME, le gouvernement vise donc un nombre croissant de personnes, et pourrait donner aux activités de « business angels » un nouvel essor. Car le retard de développement du capital investissement privé en France est certes dû à un manque d’appétence des français pour le risque et la création d’entreprise, mais aussi à l’absence de dispositifs fiscaux réellement incitatifs.

La nécessité d’une fiscalité plus incitative

Avant la réforme récente, la fiscalité générale applicable aux prises de participations directes dans des entreprises non cotées était schématiquement la suivante (Voir http://www.apce.com/ et http://www.franceangels.org/ pour plus de détails).

– une réduction de l’impôt sur le revenu à hauteur de 25% des investissements individuels, cette mesure ne s’appliquait cependant pas aux sociétés de « business angels »;
– une exonération totale de l’assiette de d’ISF lors d’une souscription au capital d’une PME.
– Les caractéristiques juridiques et fiscales des « clubs d’investissements », qui permettent l’initiation des « business angels » néophytes et leur apprentissage du « métier », méritent également d’être mentionnées (voir article page xx).

Le second semestre 2006 a été marqué par trois avancées importantes en matière de stimulation des investissements privés dans les PME :

– Primo, la déductibilité des fonds investis dans les sociétés de « business angels » a été établie
– Secundo, une garantie d’OSEO (produit de la fusion BDPME, ANVAR et SOFARIS) peut être accordée, dossier par dossier. Cette garantie peut porter jusqu’à sur 70% de l’investissement et coûte 0,3% par an.
– Tertio, une politique d’abondement par l’Etat a été mise en place, avec la création en novembre 2006 de France Investissements. L’Etat apporte de l’argent en parallèle aux investissements des « business angels » par le canal de France Investissement, portée par la Caisse des Dépôts et Consignations. Si un « business angel » investit 100, la CDC met 50 (obligation convertible à 5%) sous la forme d’un prêt qui va couvrir la durée de vie de l’investissement, remboursable après la 6ème ou 7ème année, de durée maximum 10 ans. Ne voulant pas être gestionnaire, la CDC demande 10% de la plus-value à la dissolution (alors qu’elle a financé 33% du capital). Ce dispositif fait bénéficier les investisseurs d’un effet de levier conséquent.

Un grand pas avec la loi d’août 2007

La « loi sur le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat», dont le décret d’application reste à paraître, instaure (article 16 ) une réduction d’ISF se montant à 75% de l’investissement et pouvant aller jusqu’à 50 000 euros pour les contribuables, s’ils investissent tout ou partie de cet impôt dans le financement des PME non cotées , sous certaines conditions. L’avantage fiscal prévu s’applique également aux souscriptions effectuées par des personnes physiques en indivision, aux souscriptions en numéraire au capital d’une société satisfaisant à des conditions similaires et aux fonds d’investissement de proximité (pour les FIP, l’avantage est ramené à 50% du montant investi et plafonné à 10 000€).
Sont écartés les investissements d’un contribuable dans sa propre société ou celle d’un membre du foyer fiscal. En outre, cet avantage fiscal n’est pas cumulable avec une réduction d’impôt sur le revenu au titre de la même opération.

“Business angel”, un métier ?

La décision d’investissement, précisément parce qu’elle est risquée, nécessite une série d’investigations. Examinons-les successivement.

Identifier les projets
Au démarrage d’une société innovante, il reste souvent difficile de faire appel aux banques ou aux fonds de capital-risque, qui réclament des garanties et de forts retours sur investissement cadrant rarement avec la réalité des jeunes entreprises. Autre écueil : les aides locales, régionales et celles d’OSEO ne sont pas toujours perçues immédiatement et sont plafonnées. Elles ne peuvent suffire en outre à financer des besoins durables. Restent, pour l’entrepreneur, l’investissement en fonds propres, l’appel au patrimoine familial, à l’épargne de proximité et les « business angels ».
Le recours à ces investisseurs privés peut aussi relever d’un choix plus que d’une contrainte, notamment si l’entrepreneur cherche à s’entourer de compétences particulières pour faire décoller son activité, ou s’il veut boucler rapidement un tour de table en évitant les « road shows » de plusieurs mois.
Pour contacter des investisseurs, les entrepreneurs font appel en premier lieu à leur réseau personnel et à ses ramifications. Il existe d’autres moyens de trouver des partenaires : des intermédiaires qui font office de leveurs de fonds en se rémunérant sur un pourcentage des fonds obtenus. Autre formule, moins onéreuse : les rencontres organisées entre porteurs de projets et investisseurs par des organismes tels que Capital Angels. Enfin, et c’est ce qui nous intéresse ici, les différentes rencontres organisées périodiquement par les réseaux de « business angels » : la plupart de ces réseaux se réunissent mensuellement pour présenter à leurs membres quelques projets, soigneusement sélectionnés parmi ceux qui leur ont été soumis.
Sélectionner les projets
Au sein des réseaux de « business angels », la sélection des projets est confiée à une petite équipe ou « comité de sélection » composée de personnes possédant des compétences diversifiées sur le plan sectoriel comme professionnel (finance, juridique, marketing,…). Seuls les « meilleurs » projets, selon les critères d’intervention du réseau, sont présentés à tout le réseau.
Lors de la présentation de ces projets aux membres du réseau, une grande liberté est laissée à ces derniers : intervenir ou non, seul ou en sous-groupe de deux ou trois « business angels » membres du réseau … selon leur « feeling »
Valoriser l’entreprise
Cest une des plus grandes difficultés de la relation entre l’entreprise et le « business angel ». Au démarrage, l’entreprise a souvent des pertes, voire un actif net négatif, que l’entrée au capital des « business angels » va précisément remettre à flot, avant même de permettre son développement et ses investissements.
La valorisation de l’entreprise se fera donc essentiellement sur la base des flux de trésorerie futurs, eux-mêmes basés sur le « business plan ». Lorsqu’on connaît, au stade d’amorçage, la grande volatilité des prévisions en fonction d’hypothèses tant endogènes qu’exogènes, on mesure à quel point la valorisation de l’entreprise peut s’appuyer sur des éléments subjectifs et à quel point aussi la relation de confiance entre l’entrepreneur et le « business angel » est fondamentale.
Signer un pacte d’actionnaire
Sur le plan du cadre juridique, les relations entre l’entrepreneur et les « business angels », et éventuellement les autres investisseurs, sont gérées par un pacte d’actionnaires. Ce document, à la valeur contractuelle, détermine les conditions dans lesquelles les actionnaires disposent de leurs actions (clauses d’inaliénabilité, de préemption…) et participent à la gestion de l’entreprise. Il fixe également les clauses de sortie du capital. Il s’agit d’une étape essentielle du montage de l’investissement.
Sur le plan pratique, la relation qui s’instaure ensuite dépend du nombre et de l’implication des « business angels ». L’idéal est d’animer ce pool d’investisseurs de sorte que chacun apporte quelque chose à l’entreprise. Mais l’entrepreneur n’a pas toujours des relations poussées avec tous ses « business angels », qui ne sont pas tous réellement actifs en permanence.
Suivre un investissement puis en sortir

Les « business angels » peuvent, lorsque l’investissement est un succès, revendre leurs parts après deux à cinq ans, soit à la suite de l’entrée d’un fonds d’investissement, soit lors de la revente de l’entreprise à une entreprise plus importante voire à un groupe, soit à l’occasion de son entrée en bourse. Les coefficients multiplicateurs peuvent être très élevés… mais il ne faut pas oublier que, dans une proportion non négligeable de cas, la valeur de sortie sera décevante … voire nulle… Il est donc absolument essentiel, pour un « business angel » de diversifier ses investissements afin de diversifier ses risques. C’est pourquoi nous verrons plus loin qu’il a tout intérêt à s’appuyer sur un réseau.

Les succès des « business angels » sont cependant légion dans la presse : Citons Marc Simoncini, qui a lancé Meetic avec investissement en fonds propres, et d’un premier tour de 1,8 million d’euros réunis par une petite dizaine de « business angels », recrutés parmi sa famille, ses amis et son réseau. Citons aussi, plus proches des réseaux, Mille et une listes (de mariage), créé par Pauline d’Orgeval avec le concours de « business angels ». Et aussi (cf. encadré) les success stories de Femmes Business Angels.

Le réseau ou « l’Union fait la force »

Il existe de nombreux avantages pour un « business angel » ou un candidat « business angel » à rejoindre un réseau :
– avoir un accès facilité et élargi à des dossiers plus intéressants et originaux, un réseau étant un point d’attraction régional des entrepreneurs recherchant des financements,
– pouvoir partager compétences et expertises avec d’autres « business angels »,
– pouvoir analyser et étudier des dossiers à plusieurs « business angels », permettant ainsi de réduire les risques d’erreur de jugement sur les dossiers et les entrepreneurs,
– pouvoir éventuellement investir dans un même projet avec d’autres « business angels », ce qui permet soit de considérer des projets plus importants, soit de pouvoir investir dans un plus grand nombre de projets et ainsi, de réduire les risques individuels.

En adhérant à un réseau, on garde son entière liberté d’investir à titre individuel sur les entreprises auxquelles on croit. Toutefois, on peut également privilégier un co-investissement avec d’autres membres du réseau. Il arrive également que certains gros projets soient retenus par des membres de plusieurs réseaux.
Il est également possible, si le réseau met en place un club d’investissement, d’y participer, ce qui n’interdit pas de conjuguer des investissements du club et des investissements individuels.

Sous réserve de dispositions fiscales comparables à celles de Fonds d’Investissement de Proximité, les Sociétés de Business Angels devraient connaître, au cours des prochaines années, un essor particulier.

La loi permettant d’imputer 75% de ses investissements sur son ISF est votée avec date d’effet le 6 mai 2007. Par ailleurs les efforts sont en cours pour étendre cela aux sociétés de « business angels », pour essayer de couvrir le créneau de besoin de financement entre 500 000 euros et 2 millions d’euros, sans pour autant orienter ces investissements vers les institutionnels. Comme le note très justement Jean-Michel Yolin aux membres de XMP Business Angels : « La marge est étroite … Tous ces « Virgin Angels » ne sauront que faire de cette manne tombée du ciel s’ils ne sont pas informés de l’existence de réseaux capables de répondre a leurs besoins :

– comment trouver des entrepreneurs et des projets de qualité,
– comment «apprendre le métier» (évaluation d’une entreprise naissante, pacte d’actionnaire, capacité à faire la différence entre un âne, un percheron, un étalon … et une haridelle,
– comment, avec des moyens financiers non illimités, est-il possible de faire des investissements significatifs sans de surcroît tout miser sur le même cheval ? C’est à dire comment mutualiser un peu les risques. »

Choisir un réseau, mais lequel ?

Les réseaux de « business angels » ont la capacité de lever la plupart de ces freins et d’aider ces «Virgin Angels» à sauter le pas. Cela passe par des séances de présentation de projets et conférences qui permettent aussi une opportunité de première « contamination » des « prospects », mais aussi par la gestion d’une « place de marché » ou entrepreneurs et investisseurs peuvent se rencontrer et où des tours de table peuvent se constituer pour rassembler des compétences complémentaires et mutualiser les investissements tout en formant par compagnonnage les nouveaux venus.

Ecoutons encore Jean-Michel Yolin : pour lui, « ces réseaux permettent le passage de l’intention à l’action : Ce sont de véritables incubateurs de « business angels », transformant les « porteurs sains » en membres actifs capables à leur tour de faire du marketing viral auprès de leurs connaissances. »

Consciente du fait que le manque de connaissance objective du rôle et de l’importance des « business angels » freine leur nécessaire développement, France Angels, association à but non lucratif (voir encadré N° 1), a pour vocation de mettre au point, rassembler, qualifier et rendre accessible toute information concernant les réseaux de business angels.

Un réseau de Business Angels est une organisation formalisée permettant la mise en relation d’investisseurs potentiels et d’entrepreneurs avec un objectif général de faire réaliser des investissements par des Business Angels.

A ce jour, France Angels a identifié plusieurs formes d’organisations en France :

Les Réseaux associatifs sont des dispositifs voués à la mise en relation entrepreneurs-investisseurs au sein desquels un appui peut être donné pour la finalisation et l’amélioration de la présentation des projets. Généralement le dispositif prévoit l’organisation régulière de réunions de présentation de projets sélectionnés (3 ou 4) à un parterre d’investisseurs potentiels. Les droits d’accès au dispositif, pour les entrepreneurs et les investisseurs, sont peu coûteux ; il n’y a pas de prélèvement sur les capitaux levés. Ces dispositifs se consacrent principalement aux projets nécessitant des montants peu élevés (souvent moins de 250 000 euros). Ce sont généralement des dispositifs locaux (départementaux ou régionaux) qui sont ouverts et visibles et qui ne cherchent pas à tirer un bénéfice financier de la mise en relation.

Les Réseaux privés cherchent à rentabiliser l’activité de mise en relation entrepreneur/investisseurs, ils accueillent des projets finalisés, qui requièrent des montants élevés ; il est fréquent que la mise en relation avec des Business Angels, peu rémunératrice à elle seule, soit seulement une partie minoritaire de l’activité de ces dispositifs.

Les Réseaux « SCR » issus de la création d’une SCR (Société de Capital Risque). La SCR est un fonds dans lequel n’investissent que des Business Angels ; ce fonds peut permettre d’accélérer l’investissement des Business Angels en les incitant à investir (la SCR sert de « pompe » pour amorcer le financement par les Business Angels car elle abonde les investissements des BA, ce qui lui permet d’avoir très peu de frais de fonctionnement).

Les Réseaux fonctionnant selon une logique de « club » dont l’accès est limité à une catégorie fermée de personnes (exemple réseau d’anciens élèves, réseau amical, cercle d’investisseurs se consacrant à un secteur très spécifique…).

Il existe aussi des manifestations ponctuelles de présentation de projets, nationales (Capital It, Tremplins …) mais aussi régionales (Start West, Innovact …) dans lesquelles sont présentés des projets à fort potentiel.

En mai 2007, France Angels recensait 41 réseaux constitués (tous confondus) dont une bonne moitié a moins de 18 mois d’existence : on ne comptait que 20 réseaux il y a 2 ans. D’après Claude Rameau le nombre de réseaux devrait atteindre 50 avant fin 2007. France Angels a retenu comme objectif 2009 un plus que doublement des BA (de 4 500 à 10 000), et 20 000 en 2012.

Pour atteindre ces objectifs, les réseaux géographiques ne suffisent plus. De nouveaux types de réseaux viennent les compléter et les relayer :
– des réseaux sectoriels thématiques : deux réseaux seront créés avant fin 2007 : développement durable, sciences de la santé et biotechnologies.
– des réseaux issus d’Associations d’anciens élèves : exemple X Mines Ponts Business Angels (XMP BA http://xmp-ba.m4x.org/). On signale également l’existence d’un réseau informel HEC, animé par Daniel Zumino et la possible naissance d’un club ENSAE (voir article par ailleurs).

Encadré N°1 : France Angels, rencontre avec Claude Rameau
www.franceangels.org

Claude Rameau, co-président de France Angels est parti d’une idée : sensibiliser les gens à investir dans la création d’entreprise. Il a quitté ses fonctions de doyen de l’INSEAD en 1993, a commencé à investir, seul, en 1994 et a rejoint le Conseil d’Administration de France Angels, dont le premier Président a été André Jaunay.

France Angels est une force de proposition animée par le souci de l’intérêt général et qui a vocation à être partenaire de toute organisation apportant un soutien aux créateurs d’entreprises à fort potentiel.
Ce réseau est en relation avec les institutions françaises et européennes afin de promouvoir toute mesure réglementaire et fiscale favorable au développement de l’activité des business angels. Pivot de l’organisation des réseaux de « business angels » en France et initiateur des actions de formations destinées tant aux « business angels » individuels qu’aux responsables de réseaux.

L’association France Angels se donne pour objectifs de :

* Promouvoir l’investissement des business angels en France en vue de favoriser la création et le développement d’entreprises à fort potentiel, pour mieux faire connaître leur valeur ajoutée dans le processus général de financement des « jeunes pousses » car ils constituent une ressource adaptée aux besoins des créateurs d’entreprises à potentiel en phase de démarrage.

* Fédérer les réseaux de Business Angels et professionnaliser leur action en favorisant l’échange de « bonnes pratiques » entre les réseaux eux-mêmes, et entre les réseaux et des partenaires extérieurs (en particulier, les organismes de financement d’amorçage et de capital risque) au niveau régional, national et international.

* Représenter les réseaux de business angels et plus largement la communauté de business angels auprès des institutions françaises et européennes.

France Angels est une force de proposition animée par le souci de l’intérêt général et qui a vocation à être partenaire de toute organisation apportant un soutien aux créateurs d’entreprises à fort potentiel. En tant que telle, l’association est en relation avec les institutions françaises et européennes afin de promouvoir toutes mesures réglementaires et fiscales favorables au développement de l’activité des business angels.

Les membres de France Angels sont :

– Les réseaux d’investisseurs dits « actifs » qui ont signé la Charte des réseaux et le Code de déontologie de France Angels
– Les membres associés qui sont des organisations sélectionnées en fonction de la convergence de leurs objectifs et de leurs pratiques avec ceux de France Angels
– Les membres individuels qui sont des personnes physiques sélectionnées en fonction de leurs capacités à contribuer de manière marquée et significative à la réalisation de l’objectif de l’association

Encadré N°2 : Femmes Business Angels rencontre avec Béatrice Jauffrineau
www.femmesbusinessangels.org

Béatrice – Jauffrineau, Présidente Fondatrice de Femmes Business Angels (FBA).

Histoire de la naissance de FBA

Béatrice Jauffrineau, issue d’une famille d’industriels et seule fille d’une fratrie de six enfants, MBA HEC, quelques années d’expérience chez un « big four », puis consultante auprès des pays en transition économique s’intéressait depuis toujours au capital-risque et aux activités de « business angels ». Elle déplorait le contexte français dans lequel les entrepreneurs ne sont pas bien considérés, assimilés « soit à de vilains capitalistes, voire à des gens incultes ».

Assistant à un colloque à la Bourse en 2003, sous l’égide de France Angels que Claude Rameau venait de créer, et sur le thème des « business angels », elle s’étonne « de tous ces discours prononcés par des messieurs en costumes gris et aux cheveux blancs ». Quasiment la seule femme dans cet aréopage, elle décide de relever le défi que lui lance un des coprésidents de FA : « Vous avez constaté que très peu de femmes s’intéressent à nos activités ».

Elle décide que cela doit changer et, constatant en effet que seulement 3% des « business angels » en France sont des femmes, prend l’initiative de créer, en octobre 2003, un réseau destiné à faciliter l’implication des femmes dans l’investissement et l’accompagnement d’entreprises innovantes en création.

Les partenariats de FBA

Femmes Business Angels est au croisement de plusieurs réseaux partenaires, de « business Angels »: France Angels, l’EBAN (European Business Angels Network) et d’associations de femmes actives : Féminin Pluriel, Action de Femme, EPWN, Paris Pionnières (incubateur de femmes créatrices d’entreprise), Association des femmes chefs d’entreprise, Femmes 3000.

FBA est placé sous l’égide de France Angels (dont Béatrice Jauffrineau est administratrice) et du Conseil régional d’Ile-de-France qui lui apportera son soutien financier. « Labellisé » ensuite par le Ministère des PME qui lui apporte également son soutien financier, FBA s’emploie à suivre le cahier des charges ambitieux que ce Ministère lui a assigné, comme aux autres réseaux labellisés : doubler le nombre de membres, tripler le nombre de projets financés, organiser des soirées de formation et des manifestations de prestige. De l’échelle régionale parisienne, FBA passe avec le soutien du ministère des PME à la vitesse supérieure et à la taille nationale. La présidente de FBA est assistée par une coordinatrice à mi-temps.

Le réseau

Le réseau compte à mi-2007 environ 70 membres cotisants et vise 95 membres à horizon de début 2008. Il se réunit une fois par mois (onze fois par an) pour la présentation de 5 projets sélectionnés par le Comité de sélection. La « FBA » type est une femme active avec enfants de 45 ans. Un tiers environ travaillent dans le secteur banque-finance.

De 2004 à mai 2007 près de 700 dossiers ont été reçus et analysés
– 153 projets sélectionnés et présentés aux Femmes Business Angels,
– 24 projets cofinancés
– environ 250 emplois créés et maintenus à ce jour et environ 1000 dans les trois ans à venir (prévision).

Chez FBA, on ne finance pas que des projets de femmes, beaucoup s’en faut, mais on en finance quand même une part significative : En 2004, 70% des projets présentés au réseau étaient managés par des hommes et 30% par des femmes. Progressivement les proportions tendent à s’équilibrer : 60%-40% en 2006 et probablement moitié-moitié en 2007.

Comme dans tous les réseaux, les projets dans les secteurs des nouvelles technologies internet sont les plus nombreux (44%). Mais FBA s’intéresse aussi, peut-être davantage que les réseaux traditionnels aux secteurs de la santé, des services à la personne, de l’éducation, des medias … 
Les investissements à connotation éthique représentent 30% des dossiers présentés. Ces projets à connotation éthique forte concernent le commerce équitable, les services à la personne, les énergies renouvelables ou la santé pour l’essentiel.

En 2006, les résultats de FBA ont été en forte progression, avec des investissements par les membres du réseau qui ont plus que doublé à ce jour. A mi-2007, le réseau Femmes Business Angels a investi plus d’1,2 M €.

Pourquoi les femmes préfèrent-elles venir à FBA plutôt que dans un autre réseau ?

Parce qu’elles y trouvent une complicité dont elles ont besoin et que, parfois, elles se sentent plus rassurées, presque un peu maternées. Parce qu’elles préfèrent échanger entre elles sur les projets, parce qu’elles recherchent souvent des projets portés par des femmes … Souvent, elles font leurs premières armes de BA avec leurs pairs, sans s’exposer aux ricanements de messieurs pas toujours tendres … et pas toujours dotés de la même sensibilité en matière de projets.

Quelques « success stories »

Parmi les « success stories » de « Femmes Business Angels » on peut notamment mentionner
– Alter éco
Acteur pionnier du commerce équitable en France, Alter Eco importe et distribue une gamme de plus de 60 produits d’épicerie sucrée, salée, liquide. Aujourd’hui présent dans la grande distribution et les commerces de proximité, Alter Eco a lancé, en septembre 2006, une ligne de cosmétiques : 14 références qui portent le label Max Havelaar, garantie que ces produits sont issus de l’économie solidaire.
– Canicrèche
Ouverte en mai 2005, la première crèche pour chiens a le vent en poupe. Près de 300 clients de tous poils viennent régulièrement profiter du parcours d’agilité ou des espaces de repos pour toute une journée ou seulement quelques heures. Unique en son genre, la crèche, a atteint en 1 an à peine l’équilibre financier et travaille à son développement : deux autres Canicrèche devraient ouvrir leurs portes à Paris et dans une autre ville de France. En Europe, Barcelone, Genève et Bruxelles se sont montrées particulièrement intéressées par le concept. Au-delà de son caractère innovant, Canicrèche s’impose aujourd’hui comme le spécialiste du monde canin en milieu urbain. La Mairie de Paris lui apporte son soutien dans le cadre de sa politique d’éducation du maître et du chien.

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